Une puritaine énervée

On ne m’avait jamais traitée de puritaine. De “coincée” oui, quelques fois, quand j’étais jeune, de “salope” aussi quand je ne voulais pas coucher (ben oui, voyons…), pas de puritaine. Mais en lisant des extraits de la tribune signée par Millet, Robe-Grillet, Deneuve, etc., je me suis soudain sentie montrée du doigt comme une prude mal baisée qui ne saurait pas faire la différence entre des avances “maladroites” ou “persistantes” et des gestes déplacés, des propos dégueulasses, des insultes en somme !

Car lorsqu’on m’a demandé combien je prenais dans la rue, je l’ai pris comme une insulte parce que je suis une pauvre puritaine. Quand un baveux m’a sifflé de l’autre trottoir, je me suis sentie comme une chienne parce que je suis une puritaine, quand le porc restait devant la salle de bain, bras croisés pour qu’au passage je (et toutes celles qui allaient aux toilettes) frôle mes seins sur ses mains, je me suis sentie forcée parce que je suis une puritaine. Bien sûr, ce n’étaient pas des viols et je n’aurait pas porté plainte pour ça. mais je vous assure que ça fout pas mal les boules ! Et tout ça n’est que la version rose, la light, car vous imaginez bien que, comme toutes les femmes, j’ai eu à subir pire… De la main qui se pose sur tes fesses, au gars qui s’exhibe sous son imperméable, à … mais là n’est même pas la question.

Si je faisais ça, imaginez un peu: gueuler à pleins poumons dans la rue “Eh, beau gosse, tu demandes combien ?” ou “Oh, putain, c’que t’es baisable !”, si je mettais ma main sur la braguette d’un inconnu sans préavis, sans ACCORD de sa part, vous imaginez ? Et bien, selon Millet et ses complices, je serais en train d’exprimer simplement mon désir, en train de draguer, quoi !

J’ai fait cette réflexion il y a quelques jours et certains hommes de mon entourage m’ont fait comprendre que c’était leur fantasme, qu’une inconnue se frotte à eux dans le métro, leur fasse des avances. Ben voyons… Si la femme en question avait quatre-vingts ans, ou était un laideron, diraient-ils la même chose ? Ou si c’était un homme, alors qu’ils sont hétérosexuels ? C’est comme quand ils parlent de trio, ils ne pensent pas à deux hommes et une femme, bien évidemment !

Puritaine…

Je lis : : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».

Depuis quand le harcèlement sexuel est-il une manifestation de la liberté sexuelle ? Malgré l’euphémisme “d’importuner”, vous ne me la faites pas ! Pourquoi confondre le ras-le-bol face à ces situations, malheureusement quotidiennes, avec une espèce de castration de la masculinité, voire avec un sentiment anti-masculin ? Anti-macho, je veux bien, et encore…

Et encore : “Nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité”.

Là, je duis d’accord, moi non plus je ne me reconnais pas dans ce, quoi déjà ? Parce qu’il ne s’agit pas DU FÉMINISME, là, mais d’autres chose. Et s’il y a des excès, ils sont tellement minimes que ce serait comme dire “Il y a aussi des hommes maltraités”, quand on parle de la maltraitance féminine ;  bref, cela s’appelle de la démagogie. On aime les hommes, et on veut qu’ils soient tous aussi féministes que nous (ils ont beaucoup à y gagner, d’ailleurs, mais c’est un autre débat.)

Non, mesdames, on dénonce ce qui nous gave, simplement ou on dénonce le fait de ne pas pouvoir s’habiller comme on veut, rentrer seule, prendre un verre seule, dire non et être entendue dès la première fois, sans parler, évidemment, des faits plus graves.

Puis cette perle lue quelque part…

“Il y a d’autres femmes qui n’en font pas une maladie à vie” de l’écrivaine, psychologue et psychanalyste, Sarah Chiche. Super, venant d’une psychologue ! Alors, si je comprends bien, sous couvert que d’autres femmes puissent vivre avec ça sans faire de vagues, les autres femmes devraient se taire et vivre comme si de rien n’était ? Intéressant pour une psychologue…

Je n’ai pas besoin de continuer à justifier pourquoi cette tribune est une insulte aux femmes qui luttent depuis des siècles pour la cause féminine, les droits de la femme et, en somme, le droit de “ne pas être importunées”.

 

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